BANG BANG

Je roulais, le son dans le poste de la caisse, les basses à plus 3 et le volume à 18. 50 kilomètres par-heure au compteur. C’est un plaisir que j’avoue aimer pratiquer tard le soir quand les fourmis regagnent leur repos mérité. Je venais de quitter mon srab’ DIAS. On avait zoné toute la soirée au centre ville comme d’hab’, blablatant sur la stratégie à adopter pour réaliser notre rêve : la zyk’
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Sur le retour, aux alentours du quartier qui m’a vu naître et grandir, Otis dans le ste-po. J’arrivais donc aux abords de porte de Douai : porte de mes rendez-vous adolescents.
Je ralentis. Une ambulance. Des flics. Périmètre quadrillé, photographes en tenue de reporter, des gyrophares bleus-rouges jouants sur les murs. On sait tous ce que ça veut dire! Un mort recouvert d’une sorte de voile, de drap en attendant je ne sais quel expert. Un mort par balle. D’autres diront au couteau. Un de mes potes? Quelqu’un que je connais? Un homme? Une femme? J’sais pas! Ça aurait été même indécent de chercher à le savoir et je le sais! Je rentre, chez moi, par rue de Douai direction Lille-sud, absent du volant. Je gare la voiture, mes pensées prises dans le béton et mes pieds foulants le goudron mouvant. Il fait nuit. J’aime la nuit. L’air est humide. J’aime l’air humide…

Avez-vous déjà entendu gueuler un fusil à pompe? Au moins à la télé? Non? Il y a des endroits où les mômes connaissent bien ce chant, des endroits où il fait partie de la nature comme qui dirait un orage. A qui la faute ? Peu importe! C’est une réalité dans la Réalité. La première fois que j’ai assisté à un concert «d’acier et de chrome», je n’étais pas grand ; 1m30 tout au plus! C’était porte de Douai, place Fernicq exactement avant l’idée même de faire de Moulins un quartier assez fréquentable pour étudiants en droit. Flingues, course-poursuites, alcool, drogue. La deuxième fois j’avais bien quinze ans quand messieurs de la police, des inspecteurs, nous ont claqués contre le mur, dans le quartier cette fois-ci. Ok les guns ne chantèrent pas ce jour là mais je vis le flingue de près, très près. Un simple contrôle quoi. Plus tard, dans le même mois, en soirée il y eût une fusillade : il était question de rivalité de quartier machin etc. La classique quoi.

Ce soir, je dormirai à quatre heure du mat’ si ce n’est plus tard. La télé à fond comme pour me remplir la tête de conneries ou me la vider de ce qui ne l’est pas. Mes yeux ne comptent déjà plus les morts fictifs ou réels. Dans tel film à la m6, le style américain tue comme il respire, un verre de scotch et une clope dans une main pour chaque mini-déprime existentielle. Toute les deux secondes, tuer est moins grave que dealer un Blunt ou être-naître noir! Toutes les deux secondes, tuer c’est aussi stylé que baiser-et-ciao! Le prétexte? Tromperie, jalousie, la thune, le sexe, la propriété privé…..entrecoupé de publicité «Fructis! Etre frisé c’est risible!!!! » … Je change de chaîne. Un dessin animé! Ouaaiiis! Caricatures. Les gros sont méchants ou niais, les beaux gosses forcément intelligents et sveltes. Et oui! Faut que je dorme mais bang-bang!

Ce jour à Halluin où le père d’une amie s’est suicidé. Une balle dans la tête. Et cet autre jour un enfant perd la vie…Un autre, mon pote de classe, Riad, perd la vie en bas de chez lui à Lille-sud. Une balle en pleine tête, à bout portant, tiré par un policier. Dire « je t’aime » c’est plus difficile que dire «je t’emmerde» et on le sait ! J’me suis fait braqué, je devais avoir 22 piges maximum, porte d’Arras, par un clando’, magnum 357 sous la gorge… les guns ça devrait pas exister et on le sait!… drôle d‘époque hein?

Il aurait suffit d’un «bang !» et pas le temps de voir ma life défiler…et je le sais!

AXIOM.

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